Le 20 janvier dernier, Hauser & Wirth a ouvert les portes de son espace parisien pour accueillir l’exposition inaugurale d’Hélène Delprat, suite à l’annonce de sa représentation conjointe avec la Galerie Christophe Gaillard. Organisée avec maestria par Olivier Renaud-Clément, cette exposition promet une immersion captivante dans l’univers riche et multiforme de l’artiste.
Depuis le début de cette exploration, les visiteurs ont été transportés à travers quatre décennies de pratique artistique. Cette plongée profonde dans la condition humaine est l’œuvre d’Hélène Delprat qui a reçu ses premières distinctions avec sa peinture figurative primitive en évoluant, au fil des années, pour finalement englober la vidéo, le théâtre, les interviews, les installations et les projets radio, maintenant ainsi une présence constante dans le monde de la peinture.
L’exposition, baptisée « MONSTER SOUP », tire son titre d’une approche multidimensionnelle qui puise dans la culture populaire. Cette exposition, à l’image d’une constellation, tisse des références littéraires, cinématographiques, radiophoniques, philosophiques, et artistiques, créant ainsi un monde qui oscille entre le fortuit et le délibéré, le beau et le grotesque. Le poster de l’exposition, conçu par Delprat elle-même, illustre ce syncrétisme en mêlant une image d’une gravure britannique des années 1820, représentant une femme horrifiée par le contenu monstrueux d’une goutte d’eau de la Tamise, avec les personnages peints par l’artiste.
Les œuvres exposées, notamment les nouvelles peintures, se lient étroitement au concept de « serio ludere », un terme de la Renaissance signifiant « jouer sérieusement ». L’art de Delprat, empreint d’allusions à la culture de la Renaissance, offre une juxtaposition audacieuse de comédie et de symboles sombres, une caractéristique qui contrebalance la satire et le burlesque face aux références artistiques, littéraires et philosophiques multiples.
Parmi ces créations, « Peinture – catastrophe » (2023), réalisée avec des pigments liés à de l’acrylique et des paillettes sur toile, est un exemple saisissant des textures abstraites et des images semi-cachées évoquant des formes fantasmagoriques. L’exposition explore également le thème de la guerre à travers des œuvres telles que « Il n’y a plus rien à faire » (2023), qui met en scène des soldats nazis et des bottes flottantes d’armée, inspirée des dessins de Jean Sennep. Les drapeaux, une imagerie récurrente dans le travail de Delprat, sont utilisés comme métaphore de l’acte de peindre, comme une bataille contre le temps.
La scénographie anachronique de Delprat se révèle à travers ses personnages insaisissables et ses objets dénués de contexte, défiant un récit organisé unique. L’exposition se poursuit avec des éléments évocateurs de tragédie et de mort, comme dans « Judas » (2023), une peinture sur papier tendue sur toile représentant une figure suspendue à une corde, accompagnée d’une créature ailée menaçante.
Les œuvres récentes de Delprat, exposées dans une composition onirique, suspendent les figures, humaines ou animales, sur des arrière-plans multicolores, créant une expérience visuelle évoquant la manière dont les souvenirs apparaissent, se dissolvent et se reconfigurent selon une logique propre.
La démarche artistique de Delprat, ancrée dans une curiosité infinie pour le monde qui l’entoure, trouve également son expression dans des œuvres cinématographiques récentes telles que « HAMMER SONG » (2023), où l’artiste recrée des scènes de films produits par Universal ou Hammer. Cette œuvre, exécutée de manière artisanale dans son studio, rend un hommage ludique aux films de série Z, jouant sur des tropes cinématographiques archétypaux.
Hélène Delprat, née en 1957 et résidant à Paris, diplômée de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts, a connu des résidences artistiques prestigieuses et a vu son travail exposé à travers le monde. Son exposition actuelle à Hauser & Wirth Paris est une immersion dans un monde d’énigmes artistiques, où le passé est une construction et le présent éphémère.
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