Plus de mille œuvres, cinquante nationalités, dix-huit sections et près de 4 000 m² d’exposition place de la Concorde. Pour sa 123e édition, le Salon d’Automne propose un vaste panorama de la création contemporaine. Mais comment rendre lisible une telle diversité, alors que les artistes mêlent les disciplines, les matériaux et les technologies ? Les dix-huit sections du Salon peuvent-elles encore nous aider à comprendre ce que nous regardons ?
Classer l’art est une vieille habitude. Peinture, sculpture, dessin, gravure ou photographie ont longtemps permis d’identifier la nature d’une œuvre et d’organiser les musées, les Salons et les récits de l’histoire de l’art. Le Salon d’Automne conserve ces repères, mais ses dix-huit sections ne correspondent pas toutes à des techniques comparables. Certaines renvoient à une discipline, comme la photographie, la sculpture, la gravure ou le dessin. D’autres dessinent une sensibilité ou un univers : abstraction, figuration, art naïf, Chromatics, Imaginaires, Variations ou Mondes Inconnus.
Cette organisation raconte déjà quelque chose de la création contemporaine. Elle ne juxtapose pas seulement des médiums : elle cherche aussi à rapprocher des artistes autour d’un courant, d’un regard ou d’affinités esthétiques. Les responsables des sections travaillent tout au long de l’année à leur identité, repèrent de nouveaux artistes et construisent une ligne qui guide la sélection, l’accrochage et la scénographie.
La section Chromatics, par exemple, est définie autour de la couleur et de la composition. Le Salon explique que des pratiques différentes peuvent s’y rencontrer. Cela ne signifie toutefois pas qu’une photographie figure dans la sélection de cette section en 2026. Le dossier distingue bien Zoé de Sabine Hartmann, présentée dans Chromatics, de Blooming Face de Robert Jaso, exposée dans la section Photographie. Une précision qui rappelle qu’il faut distinguer la définition générale d’une section des œuvres effectivement retenues cette année.
L’Art Digital explore, lui aussi, plusieurs langages : peinture numérique, vidéo, photomontage, installations immersives ou nouvelles technologies. Dans la sélection présentée pour cette édition, Peter Huang est représenté par Beest and Vess, une peinture numérique réalisée sur iPad. Ailleurs, le dessin de Patricia Cronier Zohar, la gravure de Charlotte Massip ou la sculpture de Tamara L. Thompson montrent combien les techniques et les formes peuvent varier d’une section à l’autre.
Les pratiques contemporaines franchissent souvent les frontières : une œuvre peut associer plusieurs matériaux, outils ou modes de création. Mais les sections du Salon ne sont pas seulement des cases techniques que l’artiste devrait respecter. Elles constituent une proposition de lecture. Le classement devient alors un travail de sélection et de mise en relation, plutôt qu’une définition définitive de ce qu’est l’art.
Pour le visiteur, cette organisation peut être précieuse. Face à plus de mille œuvres, les sections offrent des points de repère et permettent de composer son parcours selon ses centres d’intérêt. Un guide de visite doit accompagner le public en 2026, qu’il dispose d’une demi-heure ou d’un après-midi. Les artistes seront également présents aux côtés de leurs œuvres : le visiteur pourra leur parler, découvrir leur démarche et comprendre les choix qui ont guidé leur création.
Cette rencontre directe donne aux sections une dimension humaine. Elles ne sont pas seulement des rubriques sur un plan : elles rassemblent des artistes qui partagent des préoccupations ou des affinités, et proposent au public d’entrer dans leurs univers. Reste que le parcours n’impose pas une lecture unique. Chacun peut s’arrêter, comparer, passer d’une œuvre à l’autre et se faire sa propre idée.
Créé en 1903, le Salon d’Automne appartient lui-même à l’histoire de la modernité artistique française. Cézanne, Matisse, Rodin ou Chagall sont associés à cette histoire. En 2026, la peinture, la gravure et le dessin côtoient l’art numérique, les installations et les pratiques hybrides. Plus d’un siècle sépare ces démarches, réunies par la volonté de montrer la création de leur temps.
Nous n’avons pas encore le recul nécessaire pour savoir quelles œuvres de cette édition resteront dans les mémoires. Certaines surprendront peut-être, d’autres sembleront plus familières. C’est aussi ce que propose la visite d’un Salon contemporain : regarder sans connaître la suite, et accepter qu’une œuvre prenne un sens différent avec le temps.
Les dix-huit sections ne donnent pas une définition exhaustive de l’art contemporain. Elles en proposent une carte, façonnée par les artistes et les responsables du Salon. Une carte utile pour commencer la visite, à condition de ne pas la confondre avec le territoire tout entier. Les artistes peuvent toujours déplacer les frontières ; les visiteurs, eux, restent libres de tracer leur propre chemin.
Dates : du mercredi 28 octobre au dimanche 1er novembre 2026
Vernissage : mardi 27 octobre 2026
Horaires : de 11h à 20h — dimanche de 11h à 18h
Lieu : Place de la Concorde, pavillons éphémères, Paris
Entrée : rue de Rivoli, face à l’Hôtel de la Marine
Tarifs : 16 € plein tarif — 8 € tarif réduit
Gratuit notamment pour les moins de 12 ans, les étudiants en art, les demandeurs d’emploi, les titulaires de la carte de la Maison des artistes, les personnes relevant de la MDPH accompagnées d’une personne et la presse.
Erratum
L’article a été modifié afin de mieux refléter la sélection et l’organisation du Salon d’Automne 2026. Nous vous prions de nous excuser pour les erreurs de la version précédente et remercions Clara Moreno, attachée de presse du Salon, de nous les avoir signalées.
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