Avec Eaux Vives, Caroline Desnoëttes transforme des données scientifiques sur l’océan en une expérience visuelle, sonore, lumineuse et olfactive. Une installation monumentale qui invite à regarder l’eau autrement, du détail d’une goutte à l’immensité du vivant.
L’eau nous accompagne partout, mais sa présence finit parfois par se faire discrète. Dans Eaux Vives, Caroline Desnoëttes lui redonne une épaisseur et une échelle : celle d’un monde en transformation constante, des nuages aux abysses, des courants aux glaciers.
L’installation prend la forme d’un polyptyque composé de cinq bas-reliefs monumentaux. À leur surface, 60 000 éléments de papier façonnés à la main dessinent un paysage organique. Chaque relief rassemble 12 000 « gouttes » de papier en fibre de mûrier, teinté par l’artiste.
Cette accumulation de formes minuscules compose un paysage ample, presque cartographique. Cieux, profondeurs, forêts et fonds marins s’y répondent sans chercher à reproduire fidèlement un lieu. Le regard passe du détail à l’ensemble, comme si chaque fragment contenait une part d’un monde plus vaste.
Des données scientifiques transformées en sensations
La singularité d’Eaux Vives tient aussi à son dialogue avec la recherche scientifique. Pour concevoir l’exposition, Caroline Desnoëttes a travaillé avec plusieurs chercheurs, dont l’océanographe Virginie Thierry, de l’Ifremer, et le bioacousticien Olivier Adam.
Les données océaniques recueillies par les flotteurs Argo ont inspiré les séquences lumineuses. Les enregistrements de cétacés, confiés par Olivier Adam, ont nourri une composition sonore. Dix chants provenant d’espèces qui ne vivent pas dans les mêmes zones maritimes sont ainsi réunis en un chœur : une composition artistique qui ne correspond pas à une scène sonore que l’on pourrait entendre telle quelle dans la nature.
Un travail olfactif complète le dispositif. Le parfumeur Sébastien Plan a composé une fragrance autour du contact de l’eau avec les matières et des traces d’encens que le temps aurait laissées dans les pierres.
La science ne sert pas ici de décor à l’œuvre. Les relevés, les sons et les connaissances deviennent des matériaux de création, transformés pour être perçus autrement. « Le son est formidable pour amplifier ce que l’on voit et déployer l’imaginaire », explique Olivier Adam dans l’entretien qui accompagne le dossier de presse.
Une œuvre qui se déploie comme un organisme
Initié quatre ans auparavant, le projet est pensé comme une œuvre modulable et itinérante, capable de s’adapter aux espaces qui l’accueillent. Le dossier de presse rapproche son développement du biomimétisme : à la manière d’un organisme vivant, l’installation croît, s’étend et épouse son environnement.
Caroline Desnoëttes inscrit également le projet dans une recherche de sobriété matérielle et énergétique. Ce choix rejoint la fragilité évoquée par l’œuvre : le papier, l’encre et les formes patiemment assemblées donnent à voir un vivant en expansion, mais aussi vulnérable.
De la contemplation à la participation
La lumière évolue à la surface des formes ; le son apparaît par intervalles ; l’odeur s’ajoute à l’expérience. Chaque élément engage une perception différente. Eaux Vives ne livre pas un récit unique de l’océan : l’installation propose plusieurs façons de l’approcher, par l’image, l’écoute et la sensation.
Cette démarche rejoint le travail de Caroline Desnoëttes, artiste plasticienne et écrivaine formée aux Beaux-Arts de Paris. Ses recherches explorent les relations entre les humains, les plantes et les autres animaux, ainsi que les équilibres du vivant.
Une œuvre collaborative permettra au public de participer en reprenant la technique de l’artiste. Des temps d’échange avec Caroline Desnoëttes et des scientifiques associés au projet sont également annoncés.
L’eau est ici à la fois matière, sujet et lien. Elle traverse les paysages et les espèces, façonne le climat et rappelle notre dépendance à des équilibres souvent imperceptibles. En assemblant des milliers de fragments, Caroline Desnoëttes propose une expérience où l’immensité de l’océan se laisse approcher à travers la singularité d’une seule goutte.
Eaux Vives — Caroline Desnoëttes
Dates Du 9 octobre au 29 novembre 2026
Lieu
Collège des Bernardins
20 rue de Poissy, 75005 Paris
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