Il y a des expositions qui captivent, d’autres qui apaisent, certaines qui bousculent. Et puis il y a celles, plus rares, qui enveloppent. Poussière d’étoiles, la nouvelle exposition de Jean-Michel Othoniel à La Malmaison à Cannes, appartient à cette dernière catégorie. Une proposition artistique immersive, magnétique, presque cosmique. Du 17 mai 2025 au 6 janvier 2026, le centre d’art La Malmaison se transforme en un écrin irradié de lumière, où l’imaginaire céleste dialogue avec la matière la plus terrestre : le verre.
L’exposition rassemble 91 œuvres, dont 53 ont été créées spécifiquement pour les lieux. Ce n’est pas un simple accrochage mais une véritable mise en espace, un tissage d’émotions, un cheminement sensoriel. La Malmaison, ancien salon de thé Belle Époque devenu temple de l’art contemporain sur la Croisette, se laisse ici métamorphoser par la poésie formelle d’Othoniel. L’artiste expose et compose avec les murs, les volumes, la lumière naturelle du Sud, comme s’il prolongeait l’âme du lieu plutôt que de l’envahir.
Dès les premières salles, le ton est donné : une rivière de verre rose serpente, délicate et puissante à la fois, écho sensible à la Méditerranée qui bruisse à deux pas. Puis viennent les Passifloras, œuvres florales murales aux perles dorées, dont le miroitement évoque à la fois la fragilité du végétal et l’éclat de l’or. Le verre, matière signature de Jean-Michel Othoniel, est ici décliné dans une palette douce et solaire, où le doré devient langage, et la transparence un miroir d’âme.
Ce que l’on ressent face à ces œuvres n’est pas seulement de l’admiration esthétique, c’est aussi un trouble intérieur, une élévation. Othoniel invite à un voyage, presque à une lévitation. On quitte peu à peu le monde pour entrer dans une autre fréquence, celle de la contemplation pure. L’or, omniprésent, devient lumière intérieure. On se surprend à marcher plus lentement, à respirer autrement. L’exposition devient un temps suspendu.
Formé à l’École des Beaux-Arts de Paris, pensionnaire de la Villa Médicis, Jean-Michel Othoniel a très tôt choisi le verre comme médium central, travaillant en étroite collaboration avec des maîtres verriers de Murano ou d’Inde. Connu pour ses installations monumentales dans l’espace public – comme le Kiosque des Noctambules à Paris ou ses colliers géants accrochés aux arbres du domaine de Versailles – il développe depuis plus de trente ans une œuvre singulière, aux confins de la sculpture, de l’architecture et du rêve. À Cannes, il dévoile un versant plus intime, plus introspectif, mais toujours empreint de cette poésie cosmique qui le caractérise.
Poussière d’étoiles est aussi une manière subtile d’interroger notre rapport au monde. Que reste-t-il de l’enfance, de la magie, de la beauté simple dans nos existences saturées ? Othoniel nous murmure que la grâce se trouve dans le détail, dans le scintillement d’un éclat, dans l’ombre d’une perle. Chaque œuvre devient un talisman, un fragment d’univers. Nous ne sommes pas dans un musée, mais dans une constellation.
Dans un moment où l’art contemporain cherche souvent à faire du bruit, Jean-Michel Othoniel choisit la voie du silence, de l’élégance et de l’invisible. Un geste d’artiste rare, précieux. Cannes ne pouvait rêver plus belle lumière pour ouvrir sa saison estivale. Et si le luxe ultime était justement cette Poussière d’étoiles que l’on emporte avec soi et en soi ?
L’art ne s’arrête pas aux œuvres. Avec So Nomad.e, il se prolonge dans le voyage, le vin et l’art de vivre.
