Cuisinier de métier et créateur autodidacte, Jérémy Lebouteiller nous plonge dans un univers où le fantastique rencontre la réalité quotidienne. Depuis son enfance, il a nourri une passion pour le dessin, se démarquant déjà à l’école en réalisant des dessins pour ses camarades. À l’adolescence, sa chambre s’est transformée en paysage miniaturisé en illustrant son premier réseau ferroviaire avec une montagne rocheuse et un château en ruines. Exposé très jeune aux films fantastiques, ce sont les “Alien” de Ridley Scott qui ont été pour lui une révélation. L’œuvre de H.R. Giger, avec ses créatures biomécaniques telles que le Xénomorphe du film “Alien”, l’a profondément marqué au point de le pousser à créer ses propres pièces en 3D à partir de matériaux divers.
Jérémy puise son inspiration dans ses rêves et souvenirs d’enfance qu’il archive et utilise comme point de départ pour ses créations. Ses œuvres sont une fusion de formes humaines et animales, souvent influencées par des créatures marines et des insectes. Il utilise des objets trouvés et des rebuts pour créer des sculptures et assemblages en 3D, transformant des matériaux ordinaires en œuvres d’art extraordinaires.
Un autre aspect unique de son travail est l’utilisation de matériaux organiques, tels que des ossements, des crânes et des mâchoires, qu’il intègre dans ses sculptures. Ces éléments, souvent considérés comme macabres, sont pour lui une source de beauté et d’inspiration. Il attache également une grande importance aux objets qui ont une histoire, qu’ils soient des reliques familiales ou des trouvailles de brocante.
Jérémy a participé à de nombreuses expositions au fil des années, faisant découvrir son univers unique à un public varié. Parmi ses premières participations, on trouve des salons locaux tels que la Biennale de Vandrimare et “Art au pays d’Ouche” à l’Abbatiale de Bernay. Son talent a également été exposé au casino de Bonsecours lors des “Hivernales” et à Gisors pour “Meta-Phore”. Il a pris part à des événements renommés comme le Rouen National Art et le Salon de Maromme. Plus récemment, il a été présent au Festival Courant d’Art à Authon-du-Perche, aux “Improbables” à Saint-Savinien-La Rochelle, et à “I-Réel” à La Queue-lez-Yvelines. Ses œuvres ont été mises en lumière à “L’Art est aux Nefs” et au “Nantes Maker Campus” sur l’Île aux Machines de Nantes, ainsi qu’à l’Eden Road Show de Chartres et au Musée d’Art fantastique de Bruxelles, invité d’honneur à “Art sur le fil’’ à Alençon. Il a également fait des expositions personnelles marquantes, telles que “Les femmes orange après tout” à La Bouille au Grenier à Sel, “Bosgouet en l’église”, à l’église de Bosgouet, “Rétrospective EMY” au château de Varengeville-sur-Mer, “Singulier Bestiaire” à Rouen, et “Sous la Peau” au musée d’Écorché d’Anatomie du Neubourg. Son exposition “Trylobite” à l’église d’Épinay a particulièrement marqué les esprits. Ses futures expositions incluent “En terre Fantastique” au Naia Museum de Rochefort-en-Terre, “Art’Co” à Poissy, et “Art Capital” au Grand Palais à Paris.
L’exposition “Trylobite”, tenue dans une église à Épinay, a été une expérience immersive pour les visiteurs. L’artiste a transformé l’espace sacré en un univers autre, habillant l’église de draps noirs et illuminant chaque œuvre pour créer une ambiance obscure et intimiste. Avec une quarantaine de toiles, une quinzaine de sculptures et une installation, l’exposition a attiré plus de 200 personnes lors de son vernissage.
Le choix de l’église comme lieu d’exposition n’était pas anodin. Pour Jérémy, cet espace intemporel et sécurisant était parfait pour présenter ses œuvres, tout en respectant la sacralité du lieu. L’installation a reçu des retours extrêmement positifs, les visiteurs étant impressionnés par la scénographie et l’atmosphère unique.
Cependant, cette exposition a également suscité la controverse. Sous la pression d’extrémistes religieux, les autorités ecclésiastiques ont imposé une censure, conduisant à un retrait prématuré des œuvres. Cette décision a provoqué une vague de soutien envers l’artiste, avec des messages de solidarité venant de la communauté artistique et du public.
Cette controverse met en lumière la tension persistante entre l’art et la religion. Historiquement, l’Église a souvent utilisé des représentations visuelles pour sensibiliser les fidèles aux réalités spirituelles et morales. Les gargouilles de Notre-Dame de Paris, par exemple, symbolisent les tentations et les péchés humains, servant à rappeler aux fidèles la présence du mal et la nécessité de la rédemption.
Le parallèle avec la cathédrale Saint-Paul à Malte est frappant. Les pierres tombales et les représentations macabres qui jonchent le sol de la cathédrale témoignent de la lutte entre le bien et le mal, une dualité omniprésente dans la théologie chrétienne. Ces représentations, bien que controversées, sont des outils pédagogiques utilisés par l’Église pour illustrer les dangers spirituels auxquels les fidèles sont confrontés.
De même, les gargouilles de Notre-Dame de Paris, avec leurs formes grotesques et effrayantes, symbolisent les désirs inassouvis et les tentations inavouables. Elles rappellent aux fidèles que même dans la maison de Dieu, le mal est présent, et que la vigilance spirituelle est nécessaire pour résister aux tentations.
L’œuvre de Jérémy s’inscrit dans cette tradition de confrontation entre le sacré et le profane, le beau et le grotesque, le réel et le fantastique. Ses créations, qu’elles soient en 3D ou sur toile, invitent le spectateur à un voyage introspectif, à une réflexion sur la nature humaine et ses contradictions.
L’exposition “Trylobite” restera un moment fort de sa carrière, non seulement pour la qualité de ses œuvres, mais aussi pour la polémique qu’elle a suscitée. Elle a mis en lumière les défis que les artistes doivent souvent relever pour défendre leur liberté d’expression face à des forces conservatrices.
En fin de compte, cette exposition et la controverse qui l’a entourée rappellent que l’art, dans ses formes les plus dérangeantes, est essentiel pour questionner et enrichir notre compréhension du monde. L’artiste, par son approche unique et audacieuse, continue de défier les conventions et d’inviter le public à voir au-delà des apparences, à explorer les profondeurs de l’âme humaine et à embrasser la beauté du fantastique.
L’art ne s’arrête pas aux œuvres. Avec So Nomad.e, il se prolonge dans le voyage, le vin et l’art de vivre.
