À la Galerie de la Dodane, Corinne Thouvenin dévoile quarante œuvres où le réel devient matière à métamorphose. Entre paréidolie, poésie visuelle et réflexion sur notre perception du monde, l’artiste transforme fleurs, paysages et matières en visions ambiguës où l’imaginaire surgit sans jamais effacer le réel.
À première vue, les photographies de Corinne Thouvenin semblent jouer avec notre regard. Une fleur devient un béluga, une feuille de nénuphar se transforme en lézard, un feu d’artifice évoque soudain une course de spermatozoïdes. Pourtant, derrière cette apparente légèreté visuelle, l’artiste développe depuis des années une réflexion bien plus profonde sur notre manière de percevoir le réel.
Présentée du 3 au 15 juillet 2026 à la Galerie de la Dodane, cette exposition réunissant quarante œuvres réalisées entre 2006 et 2026 plonge le visiteur dans un univers où l’ambivalence devient un langage artistique à part entière. Chez Corinne Thouvenin, rien n’est laissé au hasard. Chaque image naît d’un long processus d’observation, de recherche et de mise en scène photographique. L’artiste ne fabrique pas des illusions numériques. Elle transforme le réel sans jamais l’effacer. L’imaginaire ne remplace pas le monde visible : il cohabite avec lui.
Cette double lecture — entre ce que l’on voit et ce que l’on croit voir — constitue le cœur même de sa démarche. Héritière d’une réflexion ancienne sur « l’ambiguïté comme mode opératoire », développée dès ses études en arts plastiques, Corinne Thouvenin utilise la photographie comme d’autres utilisent la peinture ou la poésie : pour déplacer notre perception et révéler les zones poreuses entre le tangible et le mental.
Ses œuvres s’inscrivent dans le phénomène de paréidolie, cette capacité du cerveau humain à reconnaître des formes familières dans des éléments du réel. Mais l’artiste dépasse largement le simple jeu visuel. Elle orchestre minutieusement ces glissements perceptifs à travers l’éclairage, le cadrage, les filtres, la profondeur de champ ou encore le choix extrêmement précis de ses sujets. Certaines images demandent plusieurs années de recherche avant de pouvoir exister.
Le regardeur devient alors acteur. Il cherche, interprète, projette. Il retrouve quelque chose de l’enfance : cette faculté à voir des mondes dans les nuages, des animaux dans les plantes ou des paysages dans les textures les plus ordinaires. Corinne Thouvenin réintroduit ainsi une forme de contemplation dans un univers saturé d’images rapides et consommées instantanément.
Mais derrière cette poésie du regard se cache également une réflexion plus subtile sur la photographie elle-même. L’artiste rappelle que le réel photographié n’est jamais neutre ni objectif. Toute image est déjà une interprétation, un déplacement, une construction mentale. En révélant la plasticité du réel, elle questionne discrètement notre confiance dans ce que nous croyons voir.
Commissariée par Agénore Thoré, l’exposition propose ainsi bien plus qu’une série d’images étonnantes. Elle ouvre un espace de doute, de projection et d’imaginaire où le végétal dialogue avec l’animal, où le minuscule rejoint le monumental, et où le réel devient soudain un territoire mouvant.
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