À La Manufacture du Haut-Beaujolais, une exposition réunit œuvres d’art, sculptures, archives et objets du quotidien pour raconter une histoire longtemps reléguée à l’arrière-plan : celle du travail des femmes. Plus qu’une exposition historique, Femmes à l’ouvrage interroge notre regard sur la valeur du travail et sur celles qui ont contribué, souvent dans l’ombre, à construire la société.
Ancienne manufacture textile du XIXe siècle, La Manufacture du Haut-Beaujolais n’a rien d’un lieu neutre. Réouverte en 2025 après plusieurs décennies de silence, elle porte encore dans ses murs la mémoire des ateliers, des métiers et des générations d’ouvrières qui ont façonné l’économie locale. En accueillant Femmes à l’ouvrage, le lieu retrouve en quelque sorte une partie de son histoire.
L’exposition rassemble peintures, sculptures, objets ethnographiques, archives et prêts exceptionnels provenant de plusieurs institutions françaises, dont le musée d’Orsay. Mais son sujet dépasse largement le cadre muséal. Ce qui se joue ici concerne notre manière de regarder le travail lui-même.
Pendant des siècles, les artistes ont peint les femmes au travail. Ils les ont représentées dans les champs, dans les ateliers, dans les blanchisseries, auprès des enfants ou derrière les machines. Pourtant, ces activités sont longtemps restées absentes des grands récits historiques.

L’une des œuvres les plus éloquentes de l’exposition montre des blanchisseuses au travail. Prêtée par un musée français dans le cadre de ce parcours, elle témoigne d’une réalité aujourd’hui largement disparue. Les femmes qui lavaient, repassaient et entretenaient le linge assuraient une fonction essentielle dans l’économie domestique. Leur travail était visible partout dans la société mais rarement reconnu à sa juste valeur. Cette contradiction traverse toute l’exposition.
Le travail féminin a toujours existé. Les femmes ont cultivé la terre, fabriqué des vêtements, élevé les enfants, tenu des commerces, participé aux récoltes, travaillé dans les manufactures et les ateliers. Pourtant, une partie de ces activités a longtemps été considérée comme naturelle plutôt que professionnelle.
L’histoire économique a souvent retenu le nom des industriels, des propriétaires ou des inventeurs. Beaucoup plus rarement celui des ouvrières, des couturières, des repasseuses ou des blanchisseuses. Comme si certains gestes appartenaient à la vie quotidienne au point de devenir invisibles.
Les œuvres présentées racontent exactement l’inverse. Elles montrent des corps au travail. Des mains occupées. Des postures répétées des milliers de fois. Des efforts physiques. Des responsabilités. Elles rappellent que derrière chaque vêtement propre, chaque récolte, chaque repas ou chaque foyer se trouvait une somme considérable de travail.
L’exposition évite pourtant le piège de la nostalgie. Elle ne cherche pas à idéaliser le passé. Elle invite plutôt à réfléchir à la manière dont nos sociétés attribuent de la valeur aux activités humaines. Pourquoi certaines professions sont-elles reconnues et d’autres ignorées ? Pourquoi certains gestes deviennent-ils dignes d’être racontés tandis que d’autres disparaissent de la mémoire collective ?
En quittant l’exposition, une évidence s’impose. Les artistes avaient vu ce que l’histoire avait parfois négligé. Depuis le XIXe siècle, peintres et sculpteurs ont documenté la réalité du travail féminin avec une précision remarquable. Leurs œuvres constituent aujourd’hui une mémoire précieuse de ces existences ordinaires qui ont participé à construire le monde moderne.
Plus qu’une exposition sur les femmes, Femmes à l’ouvrage est une exposition sur le regard. Un regard qui nous invite à reconnaître enfin ce qui fut longtemps considéré comme allant de soi.
Informations pratiques : Du 14 juin 2026 au 3 janvier 2027 – La Manufacture du Haut-Beaujolais – 242 rue de la Gare. 9240 Thizy-les-Bourgs -Du mercredi au dimanche, de 10h à 18h00.
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