Chronique d’une vanité contemporaine, à Cannes, dans l’écrin brut de l’ancienne morgue.
C’est dans l’ancienne morgue municipale de la Ville de Cannes, lieu chargé de silence et de symbolique, que Corine Borgnet présente son exposition la plus troublante à ce jour. Le titre — The Last Dance — évoque une révérence finale, un pas de côté au bord du gouffre, là où la vie et la mort dansent en miroir. L’artiste, qui manie depuis des années les codes de la vanité avec l’élégance du second degré, y installe une série d’œuvres déroutantes, drôles et terriblement humaines. Le lieu, hors du commun, devient ici un prolongement naturel de sa réflexion plastique.
De la résine aux post-it, en passant par les os de volaille colorés aux épices, au café ou au thé, Corine Borgnet compose avec ce qui reste, ce qui échappe au quotidien, pour mieux le magnifier. Ses matériaux hétéroclites deviennent autant de fragments d’une mémoire collective à recomposer. Les objets de consommation courante – souliers, cierges, bouquets, vaisselle – sont ici fossilisés, sacralisés, ou moqués. Car si l’exposition interroge la mort, c’est pour mieux parler de la vie.
Tout chez Borgnet est affaire de détournement. D’ironie douce et de profondeur piquante. Son Last Supper, dressé pour treize convives absents, semble flotter dans le temps, entre festin figé et rituel disparu. Les Assiettes tuées, quant à elles, percées en leur centre à la manière maya, laissent entrevoir la fuite d’une âme ou d’une mémoire. Plus loin, ses Vanity Shoes rappellent que la séduction est aussi un artefact. Et qu’il faut savoir rire des injonctions esthétiques pour les désarmer.
Avec Amours éternels, robe de mariée faite d’os, de vertèbres 3D et de résilience, l’artiste pose sans didactisme des questions essentielles : sur le deuil, la trace, la beauté. La sculpture, née d’un long compagnonnage avec la curatrice Isabelle de Maison Rouge, impose sa fragilité comme une forme de courage. Là encore, Borgnet ose l’intime, l’exorcisme joyeux, l’élégie en robe blanche.
Cette exposition, accueillie dans ce lieu cannois ouvert à l’art, n’est pas un simple accrochage. C’est un rituel laïque, un cabinet de curiosités postmoderne où chaque œuvre semble nous souffler : “Regarde mieux. Pense autrement.” Car si The Last Dance évoque une fin, c’est surtout une invitation à ne jamais cesser de danser, au bord de nos vanités.
L’art ne s’arrête pas aux œuvres. Avec So Nomad.e, il se prolonge dans le voyage, le vin et l’art de vivre.
