À Cannes, au Suquet des Artistes, Gilles Miquelis déploie une peinture du seuil et de la suspension. Une œuvre figurative rare, habitée par la mémoire, l’intime et ce moment fragile où l’image semble sur le point de disparaître.
Avec Des mondes flottants, exposition présentée du 7 février au 14 juin 2026 au Suquet des Artistes (mairie de Cannes), le peintre confirme une place singulière dans la figuration contemporaine : celle d’un artiste qui préfère la justesse au spectaculaire, la profondeur au bruit, et la lenteur au flux. Il y a des peintres qui racontent des histoires, et d’autres qui peignent des états.
Gilles Miquelis appartient à cette seconde lignée — plus rare, plus exigeante — où la peinture ne cherche pas à illustrer un récit mais à retenir un instant intérieur, un sentiment, une vibration presque muette. À l’occasion de l’exposition Des mondes flottants, présentée au Suquet des Artistes à Cannes du 7 février au 14 juin 2026, son œuvre trouve un écrin particulièrement juste. Ancienne morgue reconvertie en lieu d’art contemporain, le Suquet porte en lui une mémoire du corps, du silence et du temps suspendu — un écho troublant à l’univers pictural de Miquelis. Sa peinture, figurative mais jamais descriptive, s’attarde sur des présences discrètes : enfants, adolescents, figures féminines, corps assoupis ou absents à eux-mêmes. Rien ici ne relève du spectaculaire.
Les personnages semblent retenus dans un entre-deux, capturés dans ce moment fragile où l’on ne sait plus s’ils apparaissent ou s’effacent.
Le geste pictural est libre, nerveux, parfois presque inachevé. Mais cet inachèvement est un choix — une stratégie sensible. Miquelis ne cherche pas la perfection formelle : il privilégie la vérité d’une impression, la trace d’un souvenir, la fragilité d’une image intérieure. La matière picturale reste visible, vibrante, comme si le peintre voulait préserver le mouvement même de la pensée.
Son style s’inscrit dans une tradition figurative contemporaine qui convoque autant la mémoire de Balthus que la mélancolie de Marlene Dumas ou les atmosphères flottantes de Peter Doig — sans jamais céder à l’imitation. Ce qui distingue Miquelis, c’est cette retenue émotionnelle, cette manière de suggérer le trouble sans jamais l’imposer.
Les scènes représentées semblent familières — chambres, intérieurs, moments du quotidien — mais toujours déplacées, comme filtrées par la mémoire ou le rêve. Le temps y est flou, les repères volontairement instables. On ne sait plus très bien si l’on regarde le présent, un souvenir, ou une projection mentale. C’est là, sans doute, que réside la force la plus singulière de son travail : peindre non pas ce qui arrive, mais ce qui reste.
Dans un monde saturé d’images rapides, de narrations immédiates et de discours tapageurs, l’œuvre de Gilles Miquelis revendique une autre temporalité. Elle exige du regardeur une disponibilité, une lenteur, une forme d’écoute intérieure. Ce n’est pas une peinture qui s’impose — c’est une peinture qui attend.
Des mondes flottants ne propose pas un spectacle, mais une traversée. Une immersion dans un univers où la peinture devient un espace de silence, un lieu de mémoire et un territoire fragile entre présence et disparition.
L’art ne s’arrête pas aux œuvres. Avec So Nomad.e, il se prolonge dans le voyage, le vin et l’art de vivre.
