Le titre de l’exposition d’Esmaël Bahrani convoque un mythe où le regard, la perte et la mémoire sont indissociables. Avec Eurydice dans le désert, le peintre iranien présente un ensemble d’œuvres traversées par des figures féminines, des surfaces travaillées et une palette de terres profondes. Une peinture qui ne raconte pas une seule histoire, mais laisse au regardeur la liberté d’en approcher plusieurs.
Avant la toile, il y a le mur. Esmaël Bahrani s’est formé dans l’univers du graffiti et de l’art urbain en Iran. Cette expérience reste perceptible dans la vigueur du geste et dans la façon dont la peinture semble s’inscrire dans la matière plutôt que simplement la recouvrir. Certaines surfaces sont griffées, épaissies, stratifiées ; le sable s’y mêle parfois à l’acrylique. La toile devient alors un lieu de traces, marqué par des gestes successifs.
Né en 1978 à Téhéran, diplômé de l’université d’art et d’architecture de la ville, l’artiste vit en France depuis 2015. Son parcours relie ainsi plusieurs territoires et plusieurs manières de faire image. Le geste spontané associé au graffiti demeure, mais il se déploie ici dans des compositions où la matière ralentit le regard. Les surfaces semblent garder la mémoire de leur fabrication : elles portent des marques, des reprises, des zones enfouies.
Les figures féminines occupent une place importante dans l’exposition. Certaines apparaissent avec force, presque monumentales ; d’autres semblent plus légères, au bord de la disparition. Leur présence donne une tension particulière aux œuvres : elles attirent le regard tout en paraissant parfois lui échapper. Il ne s’agit pas nécessairement de personnages à identifier, mais de présences autour desquelles chacun peut construire sa propre lecture.
Eurydice, dans le mythe grec, disparaît lorsque Orphée se retourne vers elle au moment de quitter les Enfers. La référence ouvre plusieurs pistes : l’absence, le désir de retenir ce qui s’éloigne, la mémoire d’une personne ou d’un lieu. Le désert, lui, n’est pas seulement un décor. Dans la palette de Bahrani, les ocres, les tons sable et les rouges profonds évoquent une terre et une distance. L’artiste regarde son pays natal depuis la France ; cette relation à l’origine et à l’éloignement donne au titre une résonance particulière.
Les tableaux ne livrent pourtant pas de récit fermé. Une figure, une couleur, une surface rugueuse peuvent faire surgir des souvenirs différents selon les visiteurs. C’est dans cet espace d’interprétation que les œuvres trouvent leur intensité : elles associent un geste très physique à des thèmes plus silencieux, comme la perte, l’attachement ou la résilience.
Présentée au Centre d’art contemporain de la Matmut – Daniel Havis, Eurydice dans le désert invite à prendre le temps de regarder ce qui demeure à la surface — et ce qui semble s’y cacher. L’exposition est à découvrir du 17 octobre 2026 au 7 février 2027.
Un centre d’art ouvert à tous
Le Centre d’art contemporain de la Matmut – Daniel Havis accueille des expositions consacrées à la création artistique. La découverte des expositions et du parc est libre et gratuite.
Découvrir Matmut pour les arts ↗Eurydice dans le désert — Esmaël Bahrani
Du 17 octobre 2026 au 7 février 2027
Centre d’art contemporain de la Matmut – Daniel Havis
425 rue du Château
76480 Saint-Pierre-de-Varengeville
Mercredi–vendredi : 13 h–19 h
Samedi–dimanche : 10 h–19 h
Fermé les jours fériés
Entrée libre et gratuite
02 35 05 61 73
contact@matmutpourlesarts.fr
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